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Deuxième représentation, la nuit prochaine, d'un rituel venu du Gabon
Hervé de Saint-Hilaire [27 juillet 2002] Cela s'appelle le Bwiti et c'est extraordinaire. Il s'agit de la cérémonie animiste du culte des ancêtres d'une ethnie du Gabon, les Tsogho. Liturgie? Fête? Quasi-rave-party mystique? Peu importe, car en cet extravagant tourbillon, on est tellement émerveillé qu'on ne songe plus aux catégories. Après peut-être, après la nuit, car cela commence au coucher du soleil et se finit à l'aube. On essaiera d'en savoir plus. Avec Sylvie Le Bomin, par exemple, jeune ethnomusicologue, qui a fait venir de la banlieue de Libreville Gnima Naa Kombwe, ce qu'on n'ose pas appeler un «groupe». Ce sont des initiés religieux, mais aussi des artistes. C'est la première fois qu'ils se produisent – là aussi le terme est inapproprié – en dehors de leur pays. Ils sont au château d'O, à Montpellier. Dans un joli parc dont ils disent – comme les nombreux spectateurs africains présents – qu'il n'est pas sans ressemblance avec leur terre natale: la chaleur, les odeurs de résine, le vent, mais sans les moustiques. Cela dit, Sylvie Le Bomin a dépensé beaucoup d'énergie pour organiser (avec l'aide du musée du quai Branly) et faire venir en France cette somptueuse féerie africaine: près de quatre tonnes de matériel déjà, car il ne saurait y avoir de Bwiti sans la reconstitution du temple, sans les nombreux instruments, ni sans viande de chasse. «Mais, dit-elle, on en a trouvé ici!» La fête peut commencer. Le principe en est la joie et l'extase. Sur fond de textes sacrés de tradition orale, et qu'on ne sait dater, ils racontent, comme tous les textes sacrés, l'origine du monde, la création de l'homme, les mythes et les exigences de la morale. Tout cela au son de la harpe à huit cordes (le ngombi), de l'arc en bouche (le mogongo), de tambours, de cornes et de cloches. Il y a des apparitions de masques, des chants et des chorégraphies virtuoses. Une ambiance d'une joyeuse et pacifique ivresse. Et des louanges à l'«Être suprême», inspirées par une substance hallucinogène contenue dans la racine d'une plante sacrée – liboga – qui pousse dans les forêts équatoriales du Gabon, de Guinée ou du Cameroun. C'est une drogue, certes, mais c'est aussi un médicament. Car il n'y a pas d'accoutumance. Et l'on s'en sert justement pour interrompre la dépendance à l'alcool, à la morphine ou à la cocaïne. Les officiants, les danseurs bwitistes, continuent de virevolter. Ils chantent, entre autres, le retrait du deuil ou les saisons. Le public est aux anges et crie «Bassé, bassé», cris d'enthousiasme qu'on peut approximativement traduire par «Ainsi soit-il». Parmi eux, de nombreux Africains. Il y a d'ailleurs à Montpellier une association très active, l'AGLR (Association des Gabonais du Languedoc-Roussillon). Il y a par exemple Félix et Pascal, tous deux étudiants à Montpellier – l'un à Science po, l'autre en informatique. «Pour nous, disent-ils, ce n'est pas un spectacle. Pour les Occidentaux peut-être. C'est vrai que c'est beau. Regardez ici cette nature: l'herbe, les arbres... Regardez les danseurs. Tout est vivant. Si l'on y croit? Oui, même si nous ne sommes pas des initiés. Et si des gens y croient c'est qu'il y a quelque chose de vrai, non? Et puis ça nous rappelle notre enfance...» La cérémonie continue. On allume des feux pour chauffer les tambours. Un danseur saisit des braises et les porte à sa bouche. «Regarde, il va manger le feu», dit une Gabonaise de Montpellier. L'ambiance est exaltée, douce, et devient d'une extrême intensité. Un crescendo de la ferveur. Le profane occidental continue de poser quelques questions à des spectateurs avertis. Un de ces derniers intervient avec bienveillance, légèrement agacé: «Pourquoi lui expliquer, mes frères? Laisse-le voir et écouter cette vieille sagesse.» Festival de Radio-France et de Montpellier, château d'O, ce soir, de 20 heures à l'aube, tél.: 04.67.02.02.01.
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