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«L'Enlèvement au sérail» au château de Castelnau
Jacques Doucelin [06 août 2002] Jusqu'à l'extrême fin de l'après-midi, le public manqua d'être privé de la somptueuse forteresse moyennâgeuse de Castelnau-Bretenoux pour cause de repli stratégique sur l'ancienne « Usine » de Saint-Céré transformée en théâtre. Soudain, peu avant 20 heures, les nuages se déchirèrent déclenchant un gigantesque incendie sur le grès rose des murailles crénelées : le miracle commençait pour les centaines de pèlerins qui depuis plus de vingt ans finissent de gravir à pied l'éperon dominé par l'énorme vaisseau grenat échoué au milieu du Lot. Un rituel récompensé par l'un des plus beaux couchers de soleil qui se puisse rêver. Mais d'autres pèlerins avaient déjà pris d'assaut l'énorme citadelle : au gré des balcons et des meneaux, apparaissaient d'étranges silhouettes bleu ciel. Ces Touaregs d'un soir étaient les musiciens de l'Orchestre du Festival qui allaient bientôt se regrouper sous l'immense tente formant l'unique décor de la cour du château pour y faire sonner la joyeuse musique de janissaires écrite par Mozart pour L'Enlèvement au sérail. Auparavant, le public pique-niquait sur les remparts... non plus de Séville, comme l'an dernier avec la Carmen arabo-andalouse, mais de Tanger avec tajine obligé. C'est tout cela aussi qui fait le charme d'un festival où l'auditeur est pris d'abord par la magie d'un lieu unique dont les mille facettes n'en finissent pas de se révéler à lui. Le thème restait, cet été, l'Orient avec une reprise de la Carmen arabo-andalouse à l'Usine et aux Théâtres de verdure de Collonges (ce soir) et de Cahors (13 août) ainsi qu'avec des concerts lectures en hommage à Victor Hugo, Gérard de Nerval et Pierre Loti, chantres de l'Orient devant l'Eternel. La nouveauté, c'est L'Enlèvement au sérail. Emoustillé par l'accueil réservé par le public à sa Carmen, le M. Loyal de Castelnau, Olivier Desbordes, patron du festival et d'« Opéra éclaté », metteur en scène de surcroît, a décidé de revenir à ce qu'on appelait jadis une belle infidèle, à savoir l'adaptation en français réalisée par Prosper-Pascal en 1859 du premier grand chef-d'oeuvre lyrique de Wolfgang. Pourquoi pas. Outre le fait qu'ainsi il n'y a pas de problème de compréhension du texte, il peut être intéressant d'observer jusqu'où nos ancêtres ont pu aller dans l'infidélité et l'outrage aux génies : ah, ces vers de mirliton débiles ! Il faut donc prendre l'entreprise pour ce qu'elle est et renoncer à toute ratiocination musicologique. Et le début de soirée inclinait à toutes les indulgences. Disons que ce tripatouillage sanglant ramène le Singspiel de Mozart à une bluette de Grétry. Tout ce qu'il y a de dramatique dans le sort des jeunes prisonniers chez Mozart est évacué ici au profit de l'anecdote la plus triviale avec interpolation des numéros et des airs d'un acte à l'autre, voire d'un personnage à l'autre. On jouerait volontiers le jeu de la redécouverte – Mozart en a vu d'autres avec sa Flûte enchantée revue en Mystères d'Isis dans le Paris de Charles X ! – si les chanteurs étaient à la hauteur. Vrai, la crise du chant n'est pas un vain mot ! Tout comme les jeunes de l'Académie du Festival d'Aix se montrèrent incapables de chanter Mozart, en juillet, la Constance et le Belmonte de Saint-Céré sont dépassés par leur rôle. Tirent leur épingle du jeu l'excellent Osmin de Jean-Claude Sarragosse et les valets, Isabelle Philippe, Blonde, et Eric Vignau, Pedrillo. L'Orchestre du Festival n'est pas avare de nuances délicates et d'entrain sous la baguette toujours juste de Joël Suhubiette. Il faudra resserrer les boulons avant la tournée (1) ! Castelnau : 9, 12 et 16 août, 21 h 30 (05.65.38.28.08). (1) Entre le 20 décembre prochain et le 23 mai 2003, L'Enlèvement au sérail de Mozart voyagera avec sa tente berbère et ses tapis de Briançon à Bourg-en-Bresse en passant par Draguignan, Carcassonne, Blagnac, Albi, Creil, Autun, Rueil-Malmaison, Epernon, Douai, Rodez, Cahors, Perpignan, Saint-Gaudens, Foix, Montargis, Vitré, Maisons-Alfort, Martigues et Saint-Affrique. |
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