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Le 36e Festival s'est ouvert avec l'exhumation de musiques tombées dans l'oubli
Gérard Corneloup [26 août 2002] « Peuple, un Empereur est nommé, réjouissez-vous ! Peuple, l'Empereur est mort, désolez-vous ! » Les deux axiomes ont présidé cet été à l'ouverture du 36e Festival de La Chaise-Dieu, le dernier concocté par Guy Ramona, directeur de la manifestation depuis plus d'un quart de siècle, et qui cède son siège à un jeune successeur, Jean-Christophe Mathé. L'empereur ? Celui d'Autriche, qu'il ait pour nom Charles VI ou Charles VII, par définition l'ennemi traditionnel du roi de France, qu'il se nomme Louis XIV ou Louis XV. Le Roi-Soleil mobilisait volontiers la musique pour chanter sa gloire, prétextant les nombreuses cérémonies officielles scandant son règne, des épousailles aux funérailles, en passant par les inévitables Te Deum célébrant ses victoires. Et Lully, Charpentier, Campra et autre Gilles de se mettre à l'oeuvre... Les Habsbourg pratiquaient tout autant cette propagande musicale, non pas seulement à Vienne, mais dans nombre de villes appartenant au gigantesque Saint Empire Romain germanique. Et, là aussi, force compositeurs étaient mis à contribution. Le festival casadéen aime les contrastes : s'il se plaît à illustrer régulièrement les fastes et les pompes de l'école versaillaise, il a décidé de prospecter cet été les musiques commandées par les Habsbourg, aujourd'hui pour la plupart tombées dans l'oubli. Une démarche originale, courageuse même, s'il est vrai que les mélomanes, fussent-ils festivaliers, manquent trop souvent de curiosité musicale. Cette opération d'archéologie musicale a décliné en trois soirées successives une messe pour le mariage et le couronnement impérial de Charles VII donnée à Venise en 1712, un oratorio de Zelenka célébrant le couronnement du monarque comme roi de Bohême, à Prague, en 1716, enfin un Tombeau à la mémoire de l'Empereur défunt dû à Telemann, joué lors des funérailles de Charles VII en 1745. Pour illustrer ces musiques disparues, le Festival avait requis le même ensemble, le Musica Antiqua Köln et son chef Reinhard Goebel, associés au choeur Ex Tempore, artistes rendus célèbres pour avoir assuré la bande-son du film Le Roi danse. L'écoute de ces trois concerts le montre à l'évidence : ces musiques de commande, voire de propagande, souffrent de l'emphase, de l'académisme pompeux et antiquisant des textes mis en musique. C'est tout un panthéon où la Bravoure, la Foi, le Zèle eucharistique et la Sagesse divine se disputent l'honneur de célébrer, selon les circonstances, le monarque « toujours clément, toujours juste, chéri par la terre, vénéré par le ciel », ou le défunt « le plus noble de tous les princes, père de notre patrie ». Tout cela s'étire un peu en longueur, sur des musiques qui n'ont visiblement pas toujours inspiré leur auteur. Ainsi un certain Fernando Antonio Lazari, qui alimenta la cérémonie vénitienne de quatre motets interchangeables, avec « Alleluia » obligé, à côté de pièces instrumentales de Veracini et de Perroni. Même Jan Zelenka, rompu à la musique d'église, s'épuise un brin dans son long oratorio Sub Olea Pacis, et l'oratorio Ich hoffete aufs licht de Telemann, malgré de beaux airs, apparaît comme bien conventionnel. Il eut fallu sans doute tenter de rendre à ces musiques l'éclat de leur pompe festive ou funèbre. La direction aléatoire d'un premier violon agitant par intermittence son archet, les décalages des choeurs, les incertitudes tonales de bien des instrumentistes, en particulier les solistes des pièces concertantes, le manque de cohésion générale, rien ne servait vraiment cette intéressante exhumation. C'est en revanche un oratorio napolitain, excellemment défendu par des artistes italiens, ceux de la Capella de Turchini dirigés par Antonio Florio, qui apportait le premier rayon de soleil musical au Festival : La Colomba ferita de Provenzale. La piété lyrique, quasiment « opératique » de certaines pages, la drôlerie bouffonne de certaines autres, tout était magnifiquement rendu par la direction souple et déliée, la saveur des voix, l'aisance des instrumentistes. Même si, peut-être en raison du lieu, certaines pages par trop profanes de cet oratorio, où l'on voit carrément le Christ déclarer sa flamme à sainte Rosalie, avaient été rudement coupées... C'est pourtant une nouvelle fois le maestro Paul Mac Creesh et l'équipe britannique du Gabrieli Consort and Players qui ont marqué la véritable ouverture du Festival 2002, avec une Fairy Queen de Purcell élégiaque à souhait, rêveuse et moqueuse, bref merveilleusement féerique, où la qualité des solistes n'avait d'égale que celle du continuo. Ce Purcell de rêve faisait entrer le Festival et les habitués dans le monde rassurant des musiques connues et reconnues, que les Quatre Saisons, la Neuvième et la Nouveau Monde ont, ou vont, illustrer. Ce soir : Le Messie de Haendel (dir. Ton Koopman) ; demain : IXe Symphonie de Beethoven (dir. Mykola Dyadyura) ; Le Martyre de sainte Cécile de Scarlatti (dir. Gérard Lesne) ; 28 août : Symphonie du Nouveau Monde (dir. Mykola Dyadyura) ; Requiem de Saint-Saëns (dir. Jacques Mercier). Tél. : 04.71.00.01.16, www.chaise-dieu.com |
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